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L’argument cosmologique contre l’athéisme

1ᵉʳ janvier 2026

 

« Car ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant fait connaître. En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables. » (Romains 1:19-20, Louis Segond 1910)

 

   L’argument cosmologique, selon lequel « Dieu » est la cause première, se rencontre déjà dans les écrits de Platon, d’Aristote, puis des néoplatoniciens. En Orient, on le trouve chez Udayana, dans son Nyāyakusumāñjali I, 4.

 

   Trois aspects se dégagent ici. On ne saurait tirer quelque chose du néant. Même une suite infinie d’événements causés ne saurait rendre compte du premier d’entre eux. Puisque l’univers tout entier, avec l’ensemble de ses événements causés, a eu un commencement, il a fallu une cause première incausée.

 

Les trois formes de l’argument cosmologique

 

   Il existe trois formes de l’argument cosmologique, mais toutes aboutissent au même point.

 

Gottfried Leibniz (1646-1716), dans son ouvrage La Monadologie, § 32, a exposé une autre forme de l’argument cosmologique : aucun fait ne saurait être réel sans une raison qui le fasse tel. Il devait donc exister une raison [ou une cause] à l’existence de l’univers. Autrement dit, on ne saurait tirer quelque chose du néant.

 

Thomiste : Le philosophe sunnite d’Asie centrale Ibn Sina (Avicenne) (v. 980–1037), suivi de Thomas d’Aquin (1225–1274), a soutenu que l’on ne saurait obtenir un être ayant un commencement à partir d’une régression à l’infini d’êtres ayant eux-mêmes un commencement.

 

L’argument kalam, défendu par le théologien copte Jean Philopon (510-553 apr. J.-C.), par le philosophe sunnite persan al-Ghāzāli (1058–1111) et par d’autres encore, constitue une forme légèrement différente de l’argument cosmologique : puisque l’univers a eu un commencement, quelque chose a dû causer ce commencement.

 

https://plato.stanford.edu/entries/cosmological-argument/

 

Y a-t-il eu un commencement ?

 

   Les athées avancent un certain nombre de réponses. L’une d’elles veut que l’univers n’appelle aucune explication : il est « simplement là, un point c’est tout » (Russell 1948 [1964] : 175). Ce point de vue a été repris par Hawking (1987 : 651). (https://plato.stanford.edu/entries/cosmological-argument/)

 

   Une position plus réfléchie, quoique aujourd’hui rarement soutenue, veut que l’univers n’ait pas eu de commencement. Les scientifiques laïcs s’accordent toutefois à reconnaître que notre univers a eu un commencement lors du big bang.

 

   Norman Geisler a forgé un acronyme qui résume les principaux arguments en ce sens : SURGE

Seconde loi de la thermodynamique (entropie) – comparable à un retour à la moyenne

Univers en expansion à partir d’un point unique lors du big bang

Rayonnement résiduel – le fond diffus cosmologique

Graines de galaxies – des variations d’une partie sur 100 000 ont permis la formation des galaxies

Einstein : sa théorie de la relativité générale affirmait que l’univers a eu un commencement

 

La théorie de l’univers oscillant

 

   La théorie de l’univers oscillant constitue toutefois une tentative pour contourner ce problème que rencontrent les athées. Elle affirme que l’univers que nous connaissons a eu un commencement, mais que le rythme de son expansion ralentira, s’arrêtera, puis s’inversera jusqu’à ce que l’univers se contracte de nouveau en un point unique. Un autre big bang se produira alors. Ses partisans postulent d’ailleurs que ce phénomène s’est déjà produit dans le passé et qu’il y a donc eu un nombre infini d’univers antérieurs. La « cause première » de notre univers serait ainsi la fin de l’univers qui l’a précédé.

 

Cette thèse soulève cependant au moins trois difficultés.

 

1) Rien ne prouve qu’il existe une masse, ou une masse et une énergie, suffisantes pour ralentir l’expansion. Certains ont émis l’hypothèse d’une « matière noire » plus abondante que la matière ordinaire, afin de disposer d’une masse suffisante pour arrêter l’expansion de l’univers. Une deuxième difficulté tient à ce que la gravité nécessaire pour arrêter le système devrait être d’autant plus forte que les corps s’éloignent. Ainsi, une molécule de gaz située à la surface de la Terre n’atteindra pas directement la vitesse de libération qui lui permettrait de quitter la Terre à jamais. En revanche, une molécule de gaz proche de la limite supérieure de notre atmosphère, là où la gravité est plus faible, a bien plus de chances d’atteindre cette « vitesse de libération » et de quitter définitivement l’atmosphère terrestre. De même, à mesure que la matière s’éloigne du centre du big bang, il lui est plus aisé d’atteindre la « vitesse de libération » et de ne jamais se contracter.

 

   Les astronomes ont tenté de mesurer la masse et l’énergie présentes dans l’univers afin de déterminer s’il y en a assez pour que celui-ci cesse de s’étendre et se contracte de nouveau. Ils ne les trouvent pas. Les étoiles et les éléments lourds ne représentent qu’environ 0,53 %. Le gaz situé autour des galaxies et entre elles en représente 4 %. Cependant, pour rendre compte de la cohésion des galaxies malgré leur rotation, ainsi que de certains effets de lentille gravitationnelle observés, les astronomes postulent une « matière noire » qui n’interagit avec aucune force ordinaire, hormis la gravité. Ils estiment que cette matière noire fournit 27 % de la masse nécessaire pour que l’univers cesse de s’étendre et se contracte de nouveau. Les 68 % manquants correspondent à ce qu’ils appellent l’« énergie noire », laquelle pousserait les univers vers l’extérieur. Rien ne prouve pourtant l’existence de cette énergie noire. Voir l’article https://theconversation.com/most-normal-matter-in-the-universe-isnt-found-in-planets-stars-or-galaxies-an-astronomer-explains-where-its-distributed-269313?utm_campaign=website&utm_medium=email&utm_source=nautilus-newsletter pour de plus amples informations.

 

Une autre possibilité, qu’ils semblent n’avoir pas envisagée, est que Dieu, plutôt que l’énergie noire, ait affaibli la constante gravitationnelle ainsi que d’autres constantes de l’univers.

  

   Enfin, ce qui est fatal à la théorie de l’univers oscillant, c’est que le rythme d’expansion de l’univers paraît s’accroître et non diminuer.

 

2) L’entropie, ou deuxième principe de la thermodynamique, veut qu’il y ait une certaine perte de masse et d’énergie entre deux « big bangs » successifs. Si cela s’est produit un nombre infini de fois dans le passé, il ne reste plus rien qui puisse entrer en expansion. Permettez-moi de l’illustrer par un exemple.

 

   Supposons que je verse un seau d’eau dans un autre. Je verse avec précaution, de manière à n’en pas répandre une seule goutte. Admettons que l’opération se fasse à 33 degrés Fahrenheit, afin de limiter l’évaporation. De fait, une seule goutte d’eau s’évapore lorsque je verse d’un seau dans l’autre. Or, si quelqu’un avait versé cette même eau de seau en seau, en perdant une goutte à chaque fois, et ce un nombre infini de fois, combien d’eau resterait-il ? La réponse est qu’il ne resterait plus une seule goutte à verser. Et cette réponse demeure la même quelle que soit la quantité d’eau dont on est parti, dès lors que l’on a versé un nombre infini de fois. Appliquons maintenant ce raisonnement au prétendu univers oscillant : si un seul atome se perd à chaque big bang successif et que cela a commencé un nombre infini de fois dans le passé, il ne reste plus ni masse ni énergie. Ce qui précède illustre l’image des « tortues jusqu’en bas ». On ne saurait admettre une régression à l’infini : il faut bien une cause première.

 

3) Admettons, pour les besoins de l’argumentation, que cette régression à l’infini soit vraie : alors l’ensemble éternel de tous les univers est plus grand que notre univers, et c’est précisément ce qu’affirme l’argument cosmologique, à savoir que quelque chose de plus grand que notre univers est éternel.

 

Le multivers

 

   La mécanique quantique nous place devant une situation singulière : la trajectoire d’un photon, ou d’autres forces subatomiques, semble se comporter comme une onde de probabilité jusqu’à ce qu’elle soit mesurée. C’est ce qu’illustre la célèbre analogie du chat de Schrödinger. De là est née la théorie selon laquelle l’univers se « scinderait » en deux univers presque identiques, à ceci près que, dans l’un, la trajectoire aurait suivi un chemin, tandis que, dans l’autre, elle en aurait suivi un différent.

 

   Une première difficulté que soulève cette conception tient à l’« échelle ». Si, chaque fois qu’une personne prenait une décision ou qu’un événement non déterministe se produisait, un univers se scindait, alors il y aurait plus d’univers qu’il n’y a jamais eu de micro-organismes vivants. De fait, les hommes de cet univers-ci sont fort rares au regard du nombre d’univers.

 

   Une autre difficulté que soulève cette conception tient de nouveau aux « tortues jusqu’en bas ». Que s’est-il passé avant que l’univers ne se scinde pour la première fois ? Ou bien, si le processus était infini et qu’il n’y a donc pas eu de première fois, alors il n’y a pas eu de scission initiale. Or, s’il n’y a pas eu de première scission, il n’y a pas eu de deuxième scission sur une trajectoire, ni de troisième, et il n’y a donc eu aucune scission du tout.

 

   Une troisième difficulté est la suivante : admettons, pour les besoins de l’argumentation, que cette régression à l’infini soit vraie. En ce cas, l’argument cosmologique se trouve en un sens démontré, puisque le multivers est éternel et qu’il est la cause de notre univers.

 

Conclusion

 

   Il faut donc qu’il existe quelque chose, ou Quelqu’un, d’éternel et d’antérieur à notre univers, qui en soit la cause. L’argument cosmologique a néanmoins ses limites. Il ne démontre ni le Dieu du christianisme, ni le degré d’intelligence de ce Dieu, ni son caractère personnel, ni le soin qu’il prend de nous. Pour connaître ces choses, il nous faut quitter le domaine du raisonnement philosophique et chercher comment Dieu s’est lui-même révélé.

 

 

Pour aller plus loin

 

Boslough, John. Stephen Hawkin’s Universe : An introduction to the most remarkable scientist of our time. Avon Books. 1980.

Geisler, Norman L. et Frank Turek. I Don’t Have Enough Faith to be an Atheist. Crossway. 2004.

Geisler, Norman L. et Frank Turek. I Don’t Have Enough Faith to Be an Atheist. (série audio). Hoevel Audio, Inc. 2006.

 

Moreland, J.P. Scaling the Secular City : A Defense of Christianity. Baker Book House 1987.

Strobel, Lee. The Case for a Creator. Zondervan. 2004.

Tipler, Frank J. The Physics of Christianity. Doubleday 2007.

Zweerink, Jeffrey A. Who’s Afraid of the Multiverse? Reasons to Believe. 2008.

 

Voici un débat intéressant sur l’argument cosmologique, entre Roger Penrose, physicien lauréat du prix Nobel et athée, et William Lane Craig.

https://www.youtube.com/watch?v=9wLtCqm72-Y